L‘oblitération du 15 février 1949

L’oblitération du 20 janvier 1950
La deuxième expédition a heureusement été couronnée cette fois de succès, et le « Commandant Charcot » a pu accoster sur la côte de Terre Adélie, non sans rencontrer de grandes difficultés, encore une fois à cause du pack récalcitrant.
Luc-Marie Bayle, qui a fait le voyage à bord du « Commandant Charcot », a réalisé une carte postale pour fêter Noël 1949, ici envoyée à l’amirauté par le Commandant Max Douguet, commandant du bateau « Commandant Charcot »


La date officiellement choisie pour le débarquement est symbolique : le 20 janvier 1950, cent cinquantième anniversaire de la découvert de la Terre Adélie par Dumont d’Urville. Le courrier philatélique a donc été oblitéré à cette date. Les premiers plis philatéliques de l’histoire postale de la Terre Adélie portent donc pour la plupart une double oblitération : 15/2/49 et 20/1/50.

Cette fois-ci, par prudence, et pour éviter la même mésaventure que l’année précédente, A.F. Liotard attend d’avoir accosté pour oblitérer les plis, avec l’aide de quatre compagnons.

Une anecdote qui a son importance dans l’histoire postale : Liotard était novice en matière postale, et l’éclairage du carré des officiers du « Commandant Charcot » était assez sommaire, si bien qu’après avoir oblitéré la moitié des plis, il s’est aperçu que la date du cachet à date était mal positionnée ! C’est pourquoi il existe environ à parts égales des plis oblitérés 20/1/50 et 1/20/50 !

Il existe de rares cartes postales avec ces dates.



Rappelons donc les diverses oblitérations existantes :
– 15/2/49 seul (très rare).
– 15/2/49 + 20/1/50
– 15/2/49 + 1/20/50
– 20/1/50 seul (plis de la deuxième souscription ou plis personnels envoyés avant la deuxième expédition)


– 1/20/50 seul (plus rare)


– une pièce existe avec les deux dates 20/1/50 + 1/20/50


Ces courriers vont repartir sur le « Commandant Charcot » vers l’Australie. Ils seront déposés à la Poste principale de Hobart, puis acheminés vers la France via Sydney. Ces étapes valurent aux plis recommandés des cachets de transit au verso (Hobart 23/2/50, et Sydney 25/2/50). Les plis arriveront en France, où ils recevront au verso les cachets des bureaux distributeurs (3 ou 4 mars 1950).

En ce qui concerne les plis non recommandés, certains recevront aussi ces cachets de transit, mais ils constituent une minorité. Certains plis ont reçu la signature de A.F. Liotard.
Les Expéditions Polaires Françaises ont fait imprimer des enveloppes à leur adresse, avenue de la Grande Armée, à Paris, et les ont jointes à la souscription « Lafon », dans le but, certainement, d’avoir des souvenirs de cette première mission.
Oblitérations du 22 juin 1950
Les plis des souscriptions Lafon à 500 francs restent en Terre Adélie, et doivent rentrer lors de la rotation 1950/51 du « Commandant Charcot« . Ils recevront l’oblitération du 22/6/50, date (avec un jour de retard) de la première « Midwinter » de l’histoire de la présence française en antarctique.


Anecdote pour des plis du 22/6/50
Pour certains plis, les voyages ne sont pourtant pas terminés. Je cite un extrait du livre de P. Couesnon et A. Guyader :
On connaît deux plis de la première souscription Lafon à 500 F., oblitérés du 22 juin 1950, adressés l’un à Paris et l’autre à Oujda au Maroc, qui firent l’objet d’une erreur d’acheminement, suite à des changements d’adresses. En effet, ne pouvant toucher les destinataires, les bureaux de poste firent « retour à l’envoyeur ». La marque « TERRE ADÉLIE » ne disant pas grand chose au postier, mais en revanche, le timbre étant malgache, on renvoya les deux lettre sur Madagascar où elles arrivèrent le 9 avril 1951 à Tananarive et reçurent un cachet au dos du pli à cette date. Ne pouvant renvoyer la lettre sur la Terre Adélie, on s’avisa que peut-être le bateau qui desservait Kerguelen était le même qui desservait la Terre Adélie ! (…)
Les deux plis furent donc transmis à Tamatave où ils reçurent un cachet de transit en date du 17 avril 1951. C’est le navire hydrographique « Lapérouse » qui va acheminer les deux plis sur Kerguelen en allant relever la troisième mission. Ils reçoivent au recto du pli à leur arrivée à la base un cachet de transit ou d’arrivée en date du 4 mai 1951 « Archipel Kerguelen – Madagascar ».
C’est dans cette base, suite aux réclamations des destinataires, que les plis seront retrouvés et réacheminés.**

Oblitérations du 21 janvier 1951 :
La date suivante, du 21/1/51, est plus rare. Elle provient de plis de membres d’équipage du « Commandant Charcot« , ou de membres de l’expédition, car tous les plis philatéliques ont déjà été oblitérés.

Le bateau repart de Terre Adélie le 5 février 1951, et le courrier va cette fois être déposé lors de l’escale en Nouvelle Calédonie.
Normalement, il ne doit pas exister de plis des 22/6/50 ou 21/1/51 avec au dos des cachets de transit de Hobart ou Sydney.


Hivernage à Port-Martin
L’hivernage de 1951 va à nouveau donner lieu à la commémoration de la « Midwinter« , comme l’année précédente. Et comme l’année passée, c’est le 22 juin que les plis seront oblitérés.


Quelques rares plis sont revêtus du cachet officiel de la République, avec la mention « Représentant du Gouvernement« . Il n’en a existé que 17 exemplaires, car c’est le chef d’hivernage, Michel Barré, qui, pour faire plaisir à ses collègues à la fin de l’expédition, leur a remis à chacun un de ces plis qu’il avait revêtu de son cachet officiel et de sa signature.

La dernière expédition à Port-Martin
Pour l’expédition 1951/52, ce n’est plus le « Commandant Charcot« , mais le « Tottan » qui achemine la mission française. Le bateau, avec l’équipe qui doit effectuer le troisième hivernage, arrive à Port-Martin le 15 janvier 1952. Suite à l’incendie de la base, dans la nuit du 22 au 23 janvier 1952, il est décidé d’abandonner le site de Port-Martin et de ne laisser qu’une équipe réduite à la base annexe de Pointe Géologie.
Le courrier en souffrance à la gérance postale (qui a pu être sauvé des flammes) a été oblitéré du 18/1/52.



D’autres plis, rarissimes (3), vont être oblitérés juste avant le départ du « Tottan« , à la date du 21/1/52.

Pendant le transfert de l’équipe d’hivernage de la base de Port-Martin à celle de Pointe Géologie, les membres de cette équipe terminent leur courrier, dont les enveloppes sont oblitérées à la date du 23/1/52.


Seuls avec les manchots
Trop occupé pour penser à la tâche de postier, Mario Marret, le chef de la base de Pointe Géologie, ne s’occupe de l’oblitération des enveloppes du courrier de la base que vers la mi-décembre 1952. Il oblitère tous les plis à la date du 24/1/52, date à laquelle il a pris officiellement la fonction de gérant postal. De nombreuses enveloppes, de qualité médiocre, ont été récupérées dans les boîtes de rations de l’armée dont les hommes disposent en quantité ! C’est pourquoi on trouve souvent des plis du 24/1/52 avec la mention « TROUPES FRANÇAISES D’OUTRE-MER » en haut à gauche, on les appelle parfois les plis « Rivollier« , du nom du médecin de la base, amateur de plis philatéliques. Un hivernant ayant confectionné un cachet intitulé « BASE POINTE GÉOLOGIE 1951 / 1952« , ce cachet a été apposé sur les plis.

| Sur certains plis, au recto ou au verso, a été apposé le nouveau cachet des E.P.F., avec la mention unique « TERRE ADELIE ». Il y a également eu des cartes postales oblitérées le 24/01/52. |

L’abandon de la base
Avec le départ de l’équipe « Marret » se termine la première phase de la présence française en Terre Adélie. En effet, la base est abandonnée, car les programmes scientifiques sont terminés, et les E.P.F. connaissent des difficultés financières. Elle ne sera réoccupée qu’en 1956, mais alors de manière ininterrompue, puisque cette présence permanente se poursuit encore aujourd’hui.
Pendant la présence du « Tottan« , d’autres plis sont oblitérés, mais toujours à la date du 24/1/52. Prévoyants, et ne disposant pas du millésime 1953 pour le cachet à date, les hivernants ont modifié un bloc 1952 en 1953, en prévision de l’arrivée du bateau. Or un bloc 1953 a été apporté, ce qui fait que les rares plis oblitérés du millésime 1953 l’ont été avec deux cachets, l’un avec le 3 modifié, l’autre avec le 3 d’origine. Ces plis, datés du 5/1/53, sont très rares (une quinzaine). Cette date, d’abord soupçonnée d’être fausse, a cependant été authentifiée par les personnes présentes alors à Pointe Géologie. Sur de rares plis apparaissent aussi les griffes « TERRE ADÉLIE » ou « M/S TOTTAN« .



