CONTEXTE
C’est au Groenland en 1959 que la France a mis au point la technique de mesure de la déformation des glaces. Cette avancée scientifique ainsi que les excellentes relations du professeur Bauer avec son homologue russe ont contribué à l’invitation par l’Académie des Sciences d’URSS pour participer aux travaux de glaciologie de la 9eme Expédition Antarctique soviétique pendant la campagne 1963-1964.








Campagne1963-1964
Les précipitations au centre du plateau antarctique sont très faibles, de l’ordre de 5 g (cm2 par an) Ces précipitations solides finissent par arriver dans les zones bordières au bout d’un temps moyen de 100.000 ans.
L’opération avait donc pour objet
- d’évaluer avec un dispositif radar appelé telluromètre ce qu’on appelle le « Penseur des déformations » des glaces en implantant des pentagones matérialisés par des balises dans 6 bases sur le profil Vostok-Mirny. Cette nouvelle technique de mesure remplaçant celle plus classique de la triangulation moins précise.
- d’effectuer des carottages à la main, à l’aide d’un carottier S.I.P.R.E. et d’une chèvre de levage pour permettre d’obtenir des échantillons qui devaient être ramenées en France à l’état solide pour étude par le C.E.G.R.A.A. (Centre D’études Glaciologique des Régions Arctiques et Antarctiques) en collaboration avec le Laboratoire des Faibles Radio-Activités de Gif-sur- Yvette.
Après l’invitation officielle de l’Acadéniie des Sciences d’U.R.R.S. en juillet 1963 et les accords des divers Ministères Français en septembre, le groupe de glaciologie, sous la direction de P.A. Schoumsky, comprenait 20 scientifiques et techniciens dont 5 français :
Le Professeur A. Bauer, chef adjoint et responsable français, Jacques Bulle, électronicien, Pierre Camaret, électronicien, Pierre Chaveyron, ingénieur électronicien, et Jean Louis Le Goff Charpentier, topographe.
Les 7 et 8 décembre 1963 le navire soviétique « Estonia » chargeait au Havre le matériel et prenait à son bord les 5 scientifiques français qui ne constituaient qu’un détachement de la 9 ème expédition antarctique soviétique pendant que le reste de la mission voguait vers l’Antarctique à bord du brise glace «Ob ».

Après avoir fait escale à Aden et à Freemantle, l’Estonia rejoint le 10 janvier le brise glace Ob qui doit lui ouvrir la route dans le pack. Le 11 janvier il accoste au pack à 30 kms de Mirny. Du 12 au 18 janvier les hommes et le matériel rejoignent la base par avion.

Le 26 janvier 1964 un avion transporte le groupe glaciologique à Vostok où le personnel effectue la préparation du raid, le premier carottage et la mesure du premier pentagone.



Le 16/02/1964 le convoi composé de tracteurs Karkhaclienka de 34t quitte Vostok.
Le 22 février le convoi se scinde en deux. 3 tracteurs prennent la direction de Crête 43 alors que les autres véhicules se dirigent vers Komsomolskaja d’où le Professeur Bauer, malade, sera rapatrié par avion vers Mirny.

Le convoi a parcouru pendant ce raid 2300 kms dans une température oscillant entre -40º et -70º, à une altitude variant entre 2740m et 3730m rendant les conditions de travail très difficiles. Toutefois 8 mesures de pentagones ont été réalisées : 2 à Vostok du 12 au 14 /2, 1 à Crête le 24/2, 1 à Komsomolskaya du 2/3 au 4/3, 1 à Vostok1 du 12 au 15/3, 1 au Point 173 du 19 au 21/3 et 1 à Pionerskaya du 2 au 24/3/1964. En outre il a été prélevé par carottage 98m,18 de monolithes et carottes dans 7 points différents, 2 à Vostok, un forage à Crête et aux bases Komsomolskaya et Vostok, 2 à la base Pionerskaya.
Le raid arrive à Mirny le 3 Avril et embarque à bord de l’OB qui lève l’ancre le lendemain à 20 heures. Une vie monotone commence à bord de l’OB qui après une escale à Dakar arrive au Havre le 7 Mai 1964.



Campagne1968-1969
Pour étudier la déformation des pentagones implantés en 1964 et effectuer divers travaux scientifiques, un nouveau raid glaciologique franco-russe est à nouveau effectué pendant l’été austral 1968-1969 sur le trajet qu’accomplit chaque année au départ de Mirny le convoi de tracteurs chenillés pour le ravitaillement lourd de la station soviétique Vostok.
Comme en 1963, les travaux sont préparés et organisés du côté français par les E.P.F. et par la Commission pour l’étude de l’antarctique de l’académie des sciences pour l’U.R.S.S. Sur les conseils du Professeur Bauer 5 participants furent engagés par les E.P.F. : Claude Volck , Chef de groupe, Jean Marie Becker géodésien, Yves Besnus Géophysicien, Claude Delelee-Desloges Géodésien et Jean Claude Prayer Technicien radar.
Ils embarquèrent au Havre le 19/11/1968 à bord du navire soviétique « Professor Zubov » avec 2 membres des expéditions soviétiques dont O Vinogradov, Chef de Raid et 5 tonnes de matériel.
Le « Professor Zubov » arrive en vue de la banquise très dense et fait sa jonction avec le brise glace « OB » qui n’arrive pas à rejoindre Mirny avant le 8 janvier 1969 où il peut enfin débarquer personnel et matériel.
Mais à cause du retard, les autorités russes refusent de faire effectuer le raid comme prévu, craignant qu’il se termine trop tard et que le bateau du retour soit immobilisé en les attendant pour le restant de l’hiver en antarctique. Après maintes palabres et échanges de télégrammes l’autorisation d’effectuer le raid est accordée et le 19 janvier 1969, le raid, composé d’un convoi imposant de 9 auto-chenilles s’ébranle.



Le trajet va durer six semaines et malheureusement le retard accumulé à Mirny et les difficultés engendrées par le blizzard a pour effet d’amputer sévèrement le programme initial.
Le convoi passe par Pionerskaya le 29/01 et la relève des balises et du pentagone placés en 1964 ne peut être effectuée. Au Point 173, atteint le 31/1 le travail scientifique et les carottages se sont bien déroulés. Le Raid arrive à Vostok1 le 7/02, puis à Komsomolskaya le 12/02 pour arriver enfin à Vostok le 23/02 où l’on reprend les mesures pendant quelques jours seulement car la saison avancée oblige les scientifiques à revenir à Mirny. Des 6 pentagones existants, quatre ont pu être entièrement mesurés en 7 jours de travail.



Un scientifique français quitte Vostok par avion le 27/02 et les quatre autres le 2/03.
Après embarquement des hommes et du matériel, l’OB quitte Miijny le 5/03/69 et fait escale à la base Molodejnaya le 10/03 /69 où le pétrolier soviétique Elbrus embarque un membre malade de l’équipe française accompagné de C. Volck à destination du Cap où ils arriveront le 22/3. Le lendemain ils arriveront à l’aéroport du Bourget.

Le 16/3 L’OB quitte Molodejnaya pour rejoindre Novolazarevskaya d’où il appareillera le 26/3 pouf le voyage de retour, Le 30/3 il débarquera au Havre les autres membres du groupe français, des échantillons et du matériel dont le rapatriement a été possible.
Pour ces 2 raids on trouve souvent des plis avec les griffes d’expéditions utilisées à tort et à travers à des périodes ne correspondant pas à celles des raids glaciologiques.